Qui a inventé le phonographe et le gramophone ?

premier gramophone

Le phonographe a été inventé par l’Américain Thomas Alva Edison en 1877 : c’est le premier appareil qui enregistre un son puis le rejoue. Deux Français l’avaient précédé sur le papier. Édouard-Léon Scott de Martinville savait tracer le son dès 1857, sans pouvoir le faire entendre, et Charles Cros a décrit en avril 1877 un appareil capable de le reproduire, sans le construire. Le gramophone, lui, est l’invention d’Emile Berliner, né en Allemagne et installé aux États-Unis, breveté en 1887 : il remplace le cylindre par un disque plat, l’ancêtre direct du vinyle.

Comment cette page a été établie : chaque date vient d’une source primaire ou officielle, consultée en octobre 2026 : la chronologie de la section du son enregistré de la Bibliothèque du Congrès américain, le parc historique national Thomas Edison (service des parcs nationaux américains), les brevets américains d’Edison, de Bell et Tainter et de Berliner, l’office allemand des brevets, l’Académie des sciences et la Bibliothèque nationale de France.

La chronologie, du phonautographe au 45 tours

DateCe qui se passeQui
26 janvier 1857Pli cacheté « Principes de phonautographie » déposé à l’Académie des sciences, brevet enregistré le 25 marsÉdouard-Léon Scott de Martinville
30 avril 1877Pli cacheté décrivant un appareil qui reproduit la paroleCharles Cros
Décembre 1877Démonstration du phonographe à feuille d’étainThomas Alva Edison
19 février 1878Brevet américain n° 200 521 du phonographeThomas Alva Edison
4 mai 1886Brevet américain n° 341 214 : enregistrement gravé dans la cireChichester A. Bell et Charles Sumner Tainter
8 novembre 1887Brevet américain n° 372 786 du gramophoneEmile Berliner
Novembre 1894Premier catalogue de disques Berliner mis en venteBerliner Gramophone
Octobre 1901Fondation de la Victor Talking Machine CompanyEldridge R. Johnson
1925Enregistrement électrique, au micro, chez Columbia et VictorColumbia, Victor
Juin 1948Disque microsillon 33 tours « Long Playing »Columbia
1949Disque 45 tours et son changeurRCA Victor

1857 : Scott de Martinville dessine le son sans pouvoir le rejouer

Scott de Martinville cherche une machine qui transcrirait automatiquement la parole sur le papier, pour soulager les sténographes, rappelle l’Académie des sciences. Le 26 janvier 1857, il dépose à l’Académie des sciences un pli cacheté intitulé « Principes de phonautographie », puis fait enregistrer le 25 mars 1857 un brevet pour son appareil, qui permet, selon ses termes, d’« écrire et dessiner par le son ».

Le phonautographe trace les vibrations sur un papier noirci à la fumée, mais ne peut pas les faire entendre, précise la Bibliothèque du Congrès. Ces tracés ont été convertis en son en 2008, grâce à l’imagerie numérique. L’Académie des sciences date du 9 avril 1860 l’enregistrement d’une voix chantant « Au clair de la lune », reconstitué cette année-là à partir des documents qu’elle conserve.

Scott de Martinville a enregistré le son le premier ; il n’a jamais pu le réécouter.

Avril 1877 : le paléophone de Charles Cros reste sur le papier

L’inventeur Charles Cros dépose le 30 avril 1877 à l’Académie des sciences un pli cacheté qui décrit un moyen de reproduire la parole à partir de tracés du type de ceux du phonautographe, selon le comte du Moncel dans son ouvrage sur le phonographe conservé par la BnF. Le pli est ouvert à sa demande le 3 décembre 1877, quelques jours avant la présentation d’Edison. Son appareil, qu’il appelle « paléophone », n’a été conçu qu’en théorie : la BnF comme l’office allemand des brevets rappellent qu’il n’a pas été construit.

Cros avait donc l’idée avant Edison. Edison, lui, a fabriqué une machine qui marchait, et c’est elle qui a fait date.

1877 : Edison fait parler une feuille d’étain

Selon le parc historique national Thomas Edison, l’inventeur travaille en 1877 sur des appareils télégraphiques et téléphoniques ; en août, il emploie déjà le mot « phonographe ». Fin novembre, des croquis montrent un appareil qui enregistre sur une feuille d’étain enroulée autour d’un cylindre qui tourne. Le mécanicien John Kruesi construit la machine, et le premier enregistrement serait un couplet de la comptine « Mary Had a Little Lamb », d’après la Bibliothèque du Congrès.

Le 7 décembre 1877, Edison et ses collaborateurs Charles Batchelor et Edward Johnson présentent l’appareil, sans prévenir, à la rédaction de Scientific American, qui le publie dans son numéro du 22 décembre. Le brevet est déposé le 24 décembre 1877 et accordé le 19 février 1878 sous le n° 200 521. Son texte parle d’une « feuille métallique » et cite l’étain comme matériau préféré : c’est bien une feuille d’étain, pas du papier d’aluminium.

1886 : Bell et Tainter remplacent l’étain par la cire

La feuille d’étain s’abîme vite. Chichester A. Bell et Charles Sumner Tainter, à Washington, brevètent le 4 mai 1886 (brevet américain n° 341 214) un procédé qui grave le son dans une couche de cire, un mélange de cire d’abeille et de paraffine sur un support en carton. En janvier 1886, ils fondent la Volta Graphophone Company pour exploiter cet appareil, le graphophone, qui donne un enregistrement plus durable, indique la Bibliothèque du Congrès.

Poussé par l’invention de Bell et Tainter, Edison reprend son phonographe, délaissé depuis dix ans, et lance en 1888 son « Improved Phonograph » à cylindres de cire. La même année est fondée la Columbia Phonograph Company, franchise régionale de la North American Phonograph Company : elle loue d’abord des machines à dicter aux bureaux.

1887 : Berliner grave à plat et invente le gramophone

Emile Berliner est né à Hanovre en 1851, a émigré aux États-Unis en 1870 et en est devenu citoyen en 1881, selon l’office allemand des brevets. En 1887, il obtient un brevet allemand (n° 45048) et un brevet américain, le n° 372 786, accordé le 8 novembre 1887 sous le nom de « Gramophone ».

Sa différence avec Edison tient au sillon : il est gravé latéralement, d’une profondeur constante, au lieu de monter et descendre dans le support, explique la Bibliothèque du Congrès. Le brevet de 1887 décrit encore une bande enroulée sur un tambour ; le disque plat le remplace peu après. Berliner essaie le verre, le zinc, le caoutchouc durci, puis une matière à base de gomme-laque. En 1893, il brevète un procédé pour reproduire les disques en série, note la BnF. Les cylindres, eux, ne seront moulés en série qu’à partir de 1902, d’après la Bibliothèque du Congrès.

Le premier catalogue de disques Berliner paraît en novembre 1894. Avec son frère Joseph, Berliner fonde aussi en Allemagne la Deutsche Grammophon, qui existe toujours comme label au sein d’Universal. Aux États-Unis, la Victor Talking Machine Company d’Eldridge R. Johnson prend la suite de la Berliner Gramophone Company en octobre 1901.

Le phonographe est l’invention d’Edison, le gramophone celle de Berliner : cylindre d’un côté, disque de l’autre.

Disque contre cylindre, puis le micro remplace le pavillon

La concurrence entre le disque et le cylindre dure près de vingt ans ; le disque l’emporte au milieu des années 1910, et certaines maisons, comme Edison et Columbia, publient dans les deux formats, d’après la Bibliothèque du Congrès. En France, la voix d’Enrico Caruso est gravée en 1902 sur des cylindres Pathé, rappelle la BnF. En 1919, un tribunal américain refuse d’interdire au fabricant Starr Piano de publier des disques à gravure latérale, comme le demandait Victor ; confirmée par la Cour suprême en 1922, la décision ouvre le marché aux labels indépendants.

Jusque-là, on enregistre en chantant dans un pavillon. En 1925, Columbia et Victor passent à l’enregistrement électrique, au microphone, qui capte une gamme de sons bien plus large ; Victor lance la même année l’Orthophonic Victrola, un gramophone à grand pavillon conçu pour restituer ces nouveaux disques. En 1929, Victor est racheté par la Radio Corporation of America et devient RCA Victor.

1948-1949 : le microsillon succède au 78 tours

En juin 1948, Columbia présente le disque « Long Playing », un 30 cm à 33 tours 1/3 présenté comme « incassable », selon la Bibliothèque du Congrès : avec le vinyle et le microsillon, le 33 et le 45 tours vont remplacer le 78 tours en gomme-laque. RCA Victor répond en 1949 avec le 45 tours et son changeur de disques. Cette année-là, un acheteur américain a le choix entre trois formats : 78, 33 et 45 tours. En France, le premier microsillon est publié en 1949 par L’Oiseau-Lyre, et le 78 tours est officiellement abandonné en Europe en 1957, selon la BnF.

Le gramophone mécanique s’efface avec le 78 tours. La platine électrique qui lit les vinyles en est l’héritière ; ses pièces sont détaillées dans le guide de l’anatomie d’un tourne-disque, et le comparatif des meilleures platines vinyles présente les modèles vendus aujourd’hui.

Questions fréquentes

Qui a inventé le phonographe ?

Thomas Alva Edison, en 1877 : son phonographe à cylindre et feuille d’étain est présenté en décembre 1877 et breveté le 19 février 1878. Charles Cros en avait décrit le principe en avril 1877, sans construire d’appareil.

Quelle différence entre un phonographe et un gramophone ?

Le phonographe d’Edison grave le son sur un cylindre, le gramophone de Berliner sur un disque plat. Pour choisir un appareil ancien ou un modèle moderne de style rétro, voir le guide quel gramophone choisir.

Le gramophone a-t-il été inventé par un Français ?

Non : Emile Berliner est né en Allemagne et a fait sa carrière aux États-Unis. Les Français Scott de Martinville et Charles Cros ont précédé Edison sur le principe de l’enregistrement et de la reproduction du son, pas sur le disque.

Où commencer une collection de disques aujourd’hui ?

Le guide des 24 choses à savoir pour commencer une collection de vinyles part de zéro : platine, disques, rangement.