Quel gramophone choisir : ancien à manivelle ou moderne au style rétro ?
En bref : Un gramophone ancien est un appareil mécanique remonté à la manivelle, qui lit les 78 tours en gomme-laque sans électricité. Le « gramophone moderne » est une platine électrique qui lit les vinyles 33 et 45 tours, avec haut-parleurs intégrés.
Un gramophone, au sens strict, est un appareil mécanique : on le remonte à la manivelle, un ressort fait tourner le plateau, une aiguille d’acier suit le sillon d’un disque 78 tours en gomme-laque et un pavillon diffuse le son, sans électricité. Ce que l’on vend aujourd’hui sous le nom de « gramophone moderne » ou « gramophone vinyle » est autre chose : une platine électrique qui lit les vinyles 33 et 45 tours, avec des haut-parleurs intégrés et un pavillon qui sert de décor ou d’enceinte. Les deux se choisissent sur des critères différents. Cette page les compare, puis détaille ce qu’il faut regarder sur un appareil ancien, les prix constatés en vente aux enchères, l’origine des disques et leur entretien.
Comment cette page a été établie : la rédaction de Tourne-Disque n’a testé ni écouté aucun de ces appareils. Les descriptions viennent du catalogue d’une vente spécialisée de la maison Millon (Paris, 14 octobre 2020), de la base Joconde du ministère de la Culture, de la Bibliothèque nationale de France, de la Bibliothèque du Congrès américain et de l’office allemand des brevets. Les modèles modernes sont décrits d’après leur fiche.
Gramophone d’époque ou platine « style gramophone » : les différences
| Gramophone ancien | Modèle moderne au style gramophone | |
|---|---|---|
| Énergie | Moteur à ressort remonté à la manivelle | Électricité (secteur) |
| Disques lus | 78 tours en gomme-laque | Vinyles 33 et 45 tours, souvent aussi 78 tours |
| Lecture | Aiguille d’acier et diaphragme | Pointe de lecture et cellule |
| Son | Pavillon, sans amplification | Haut-parleurs intégrés, parfois logés dans le pavillon |
| Extras | Aucun | Selon le modèle : Bluetooth, radio, CD, cassette, USB |
| Où l’acheter | Brocante, vente aux enchères, antiquaire | Neuf, en magasin ou en ligne |
Pour écouter vos vinyles, c’est le modèle moderne qu’il vous faut ; un gramophone d’époque ne lit que les 78 tours.
Gramophone ou phonographe : un disque contre un cylindre
À l’origine, les deux mots désignent deux inventions. Le phonographe de Thomas Edison (1877) grave le son sur un cylindre ; le gramophone d’Emile Berliner, breveté aux États-Unis le 8 novembre 1887, le grave sur un disque plat, d’après l’office allemand des brevets. L’histoire complète, de Scott de Martinville au microsillon, est racontée sur la page qui a inventé le phonographe et le gramophone.
L’usage a ensuite brouillé la frontière. En France, on a longtemps appelé « phonographe » n’importe quel appareil à disques : le catalogue Millon de 2020 décrit ainsi un Gramophone Monarque 7 de 1903 comme un « phonographe à disques ». Le « disque phonographe » que l’on cherche aujourd’hui est donc, la plupart du temps, un 78 tours.
Les disques de gramophone sont en gomme-laque (shellac) et tournent à 78 tours par minute, rappelle l’office allemand des brevets. Berliner avait d’abord essayé le verre, le zinc puis le caoutchouc durci. Le vinyle, gravé en microsillon, ne s’impose qu’après 1948, avec le 33 tours de Columbia puis le 45 tours de RCA Victor en 1949.
Du ressort au pavillon : comment le son sort sans électricité
Le mouvement vient d’un ressort que l’on tend avec la manivelle. Sa réserve est courte : le catalogue Millon parle d’une « autonomie faible » pour un appareil à un seul ressort, et présente un Gramophone Monarque 15 de 1903 dont les « trois gros ressorts » lui assurent l’autonomie de trois disques. Un levier règle la vitesse : sur une valise Stradivox fabriquée à Mirecourt dans les années 1930, conservée au musée de la Lutherie, il porte les mentions « MOINS VITE » et « PLUS VITE ».
L’aiguille, posée dans le sillon, vibre avec lui. Elle transmet ses vibrations à une membrane, le diaphragme (on parle aussi de « tête de lecture » ou de « boîte sonore »), qui les rend audibles. Le pavillon, selon la BnF, sert à obtenir un son plus puissant. Le bras relie le diaphragme au pavillon.
Cinq points à vérifier sur un gramophone ancien
Un gramophone d’époque se juge sur pièce. Les annonces de ventes aux enchères donnent le vocabulaire et les défauts à rechercher.
Le moteur et la manivelle
Remonter la manivelle doit tendre le ressort sans craquement, et le plateau doit tourner d’une vitesse régulière une fois lancé. Un ressort fatigué ou cassé se remarque vite : le disque ralentit avant la fin. Demandez au vendeur de faire jouer un disque entier, et vérifiez que le levier de vitesse agit.
Le diaphragme
C’est la pièce qui fait le son. Les catalogues nomment son modèle (« diaphragme Exhibition » sur plusieurs Gramophone de la vente Millon, « diaphragme Pathé » sur d’autres) : un diaphragme d’origine, avec une membrane intacte, compte dans la valeur de l’appareil.
Le pavillon et le bras
Un pavillon enfoncé, repeint ou remplacé fait baisser la cote. Les fiches le signalent : un lot Pathé décrit sur la Gazette Drouot mentionne « quelques enfoncements sur la base du bras du pavillon », un autre un « pavillon repeint ». La forme compte aussi : le catalogue Millon décrit des pavillons en aluminium, en laiton nickelé, en bois, ou « liseron » en métal peint.
Gravure latérale ou verticale
Tous les gramophones ne lisent pas tous les 78 tours. Le disque de Berliner a un sillon à gravure latérale, alors que les premiers phonographes gravaient en profondeur, selon la Bibliothèque du Congrès. Pathé gravait en vertical : le catalogue Millon décrit un Pathé de 1905 et son « diaphragme à gravure verticale », et un Mignonphone de 1930 dont le diaphragme peut lire « latéralement ou verticalement ». Avant d’acheter, demandez quels disques l’appareil lit, et achetez vos 78 tours en conséquence.
Les aiguilles
Le gramophone utilise des aiguilles d’acier jetables. La société Victor recommandait de changer d’aiguille à chaque disque, d’après la discographie Victor Red Seal de John R. Bolig publiée par l’université de Californie à Santa Barbara. La valise Stradivox du musée de Mirecourt a gardé sa boîte de 27 aiguilles dorées et 9 aiguilles argentées. Elles n’ont rien à voir avec la pointe d’une platine moderne, dont le remplacement est expliqué dans le guide pour changer l’aiguille d’un tourne-disque.
Changez d’aiguille à chaque disque : une aiguille usée abîme le sillon du 78 tours.
Combien coûte un gramophone ancien ?
Les estimations d’une vente spécialisée donnent un ordre de grandeur. La vente « Phonographes & Gramophones » de la maison Millon, à Paris le 14 octobre 2020, réunissait des appareils fabriqués entre 1895 et 1930. Quelques estimations de son catalogue :
| Appareil | Année | Estimation |
|---|---|---|
| Gramophone Monarque 7, tige en bois, grand pavillon nickelé | 1903 | 200 à 300 € |
| Gramophone Monarque Junior, caisse en bois sculpté | sans date | 200 à 300 € |
| Gramophone, moteur apparent fixé sur une planche | 1900 | 400 à 600 € |
| Gramophone n° 3 à manivelle verticale, celui des publicités au chien Nipper | 1895 | 600 à 800 € |
| Gramophone modèle n° 3 « La Voix de son Maître » | 1905 | 1 200 à 1 500 € |
Une estimation n’est pas un prix de vente : le résultat peut être plus bas, ou bien plus haut quand l’appareil est rare. Dans cette même vente, un Lioretgraph n° 3 de 1896 (un phonographe à cylindre français, pas un gramophone) estimé 12 000 à 15 000 € a été adjugé 35 100 €, selon la Gazette Drouot. À l’inverse, un appareil ordinaire, incomplet ou repeint part souvent sous ces estimations.
Les modèles modernes au look de gramophone
Ces appareils sont des platines vinyles électriques habillées en gramophone. Leur intérêt : lire les disques d’aujourd’hui, souvent les 78 tours aussi, et se brancher sans ampli. Leur limite : ce ne sont pas des appareils anciens, et leur son passe par des haut-parleurs intégrés. Pour une installation que l’on peut faire évoluer (cellule, enceintes), une platine classique est plus adaptée ; le comparatif des meilleures platines vinyles les classe par budget.
Un grand pavillon qui sert de haut-parleur
Le Ricatech RMC350 Legend reprend la silhouette la plus classique : un grand pavillon, qui sert ici de haut-parleur, au-dessus d’une platine trois vitesses (33, 45 et 78 tours). Il ajoute un lecteur CD, une radio AM/FM, un port USB/SD et une entrée ligne.

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Ricatech
- Platine vinyle moderne de style gramophone : le grand pavillon sert de haut-parleur
- Trois vitesses : 33, 45 et 78 tours
- Lecteur CD, radio AM/FM, USB/SD et entrée ligne
Une trompette sur un meuble en bois
Le Lauson CL747 associe une caisse en bois, une trompette et des haut-parleurs intégrés. Il lit aussi les trois vitesses et ajoute radio, lecteur CD, USB et MP3, avec une télécommande.

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Lauson
- Platine vinyle moderne en bois au style gramophone, avec trompette et haut-parleurs intégrés
- Trois vitesses : 33, 45 et 78 tours
- Radio, lecteur CD, USB et MP3, télécommande fournie
Une chaîne complète, cassette comprise
Le Soundmaster NR916 garde le look du gramophone mais fonctionne comme une petite chaîne : platine vinyle, radio FM, lecteur CD et cassette, Bluetooth, et enregistrement des disques sur un support USB.

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Soundmaster
- Chaîne moderne au look de gramophone, avec platine vinyle : ce n'est pas un appareil ancien
- Radio FM, lecteur CD et cassette, connexion Bluetooth
- Enregistrement des disques vers un support USB
Sur ce type d’appareil, vérifiez dans la fiche du fabricant que la pointe livrée est prévue pour les 78 tours avant d’y poser un disque ancien.
Où trouver des disques 78 tours ?
Le 78 tours a été officiellement abandonné en Europe en 1957, selon la BnF : les disques que l’on trouve sont donc d’occasion. Ils circulent en brocante, en vide-grenier, chez les disquaires d’occasion et dans les ventes aux enchères, où ils accompagnent souvent les appareils (une vente annoncée par la Gazette Drouot en mai 2021 réunissait phonographes et disques 78 tours).
Côté patrimoine, la BnF reçoit depuis 1938, au titre du dépôt légal, deux exemplaires de chaque disque publié en France ; les premiers dépôts arrivent en 1940, en pleine époque du 78 tours.
Les conseils pour démarrer une collection de vinyles, eux, sont réunis dans le guide des 24 choses à savoir pour commencer une collection.
Ranger et nettoyer des 78 tours
La Bibliothèque du Congrès américain publie des consignes de conservation valables pour les 78 tours comme pour les vinyles :
- tenir le disque par la tranche et l’étiquette, jamais par la surface gravée ;
- le ranger debout, sur la tranche, entre des séparateurs solides tous les 10 à 15 cm, sans mélanger les diamètres ;
- le garder dans une pièce fraîche et plutôt sèche, autour de 35 à 40 % d’humidité, à l’abri de la lumière, loin des radiateurs et des sources de vibrations (ni grenier ni cave) ;
- remplacer si possible la pochette par une pochette en polyéthylène haute densité, en gardant la pochette papier d’origine ;
- enlever la poussière à l’air sec en bombe ; un nettoyage plus poussé relève d’un spécialiste.
Manipulez un 78 tours avec plus de précautions qu’un vinyle : Columbia présentait justement son 33 tours de 1948 comme un disque « incassable », ce que la gomme-laque n’était pas.
Questions fréquentes
Un gramophone peut-il lire un disque vinyle ?
Non. Un gramophone d’époque tourne autour de 78 tours et lit, avec une aiguille d’acier, des sillons larges gravés dans la gomme-laque. Un vinyle 33 ou 45 tours est gravé en microsillon pour une autre vitesse. Pour un vinyle, il faut une platine électrique, même déguisée en gramophone.
Le vinyle sonne-t-il mieux que le CD ?
Ce n’est pas une règle. L’ancienne version de cette page l’affirmait sans preuve : le rendu dépend du master, du pressage et de l’appareil de lecture, et un gramophone ne lit de toute façon ni l’un ni l’autre.
Qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur d’une platine moderne ?
Plateau, bras, cellule, préampli : chaque pièce est décrite dans le guide de l’anatomie d’un tourne-disque.
